PROJET DE DESIGN –
RÉALISATION :

Citation
Nationale
| commandeur d’ouvrage et propriétaire | Service de la culture et Service des parcs, des jardins et des espaces verts, Ville de Montréal. |
| conception | Rose-Marie Goulet artiste visuelle assistée de Marie-Claude Robert, architecte paysagiste |
| conseillers
professionnels
|
pour
la Ville de Montréal:
Pour l’œuvre :
|
| localisation | Quadrilatère formé par les rues Decelles, Troie, Gatineau et Queens Mary. |
| année de conception | 1998 |
| année de réalisation | 1999 |
| entrepreneur | Mario Amoruso, Paysagiste Belvédère. Gorica Sefer, chargée de projet, Granit Bussière. Adalbert Molnard, Triteck Design. Michel Bernier, soudeur. Richard et Laval Bérubé, Polissage de Métal 2002. Gilles Molleur, Group Net Plus. Sylvio Goulet et Patrick Meunier, installation. |
| coût de réalisation et de construction : | 180,000$. Commandites: Marc Bussière, Granit Bussière, Ordre des ingénieurs du Québec. |
| superficies | site de 2373m |
| principaux matériaux | granite, acier inoxydable, criblure granite, gazon. |
| crédit photographique | les photos sont de l'artiste et de Denis Farley. Les photos de M. Farley sont une gracieuseté du Service de la culture de la Ville de Montréal. |
| L’œuvre
site
|
Nef pour quatorze reines
est une commande publique réalisée pour commémorer les événements
tragiques du 6 décembre 1989 survenus à l’École Polytechnique
de Montréal où quatorze jeunes femmes furent assassinées. L’œuvre,
commandée lors du dixième anniversaire de cet événement par la Ville
de Montréal en collaboration avec la Fondation des victimes du 6
décembre contre la violence, fût choisie par concours ouvert pour
être érigée dans un parc linéaire bordé d’érables argentés, au cœur
du quartier universitaire, au pied du parc du Mont-Royal face à l’entrée
du Cimetière Côtes-des-Neiges. Le projet de monument devait promouvoir
valeurs de respect et de non-violence. Sans effacer les événements
douloureux, l’œuvre choisie devait d’abord susciter le recueillement
et sa forme artistique évoquer la mémoire des quatorze jeunes femmes.
La proposition, à mi-chemin de l’architecture du paysage et de la sculpture publique, est un " mémorial " qui intègre site et monument à un même geste commémoratif, sans égards aux frontières entre disciplines professionnelles. Le promeneur qui traverse ce mémorial, traverse de fait une sculpture/paysage, à la fois événement commémoratif et lieu de méditation, qui l’invite à une communion à la fois visuelle et spirituelle. Au plan formel, le mémorial se structure principalement autour d’une " onde de choc " inscrite à même le sol. Développé à l’horizontal plutôt qu’à la verticale, il se distingue nettement des formes commémoratives traditionnelles. Plus proche du tellurique que du céleste, mais dans le respect de l’environnement existant, cette œuvre oblige à l’arrêt pour interpeller la mémoire dans la sobriété d’une évocation. |
|
|
|
|
Le contexte
|
Bien que de taille modeste, le
site est un lieu public très fréquenté où convergent d’importantes
forces symboliques et culturelles, compte tenu à la fois des institutions
qui l’entourent (Université de Montréal, Oratoire Saint-Joseph,
Cimetière Côte-des-Neiges) et du quartier cosmopolite et multiculturel
qui le baigne. Lieu passant mais méconnu, fermé sur lui-même et sans
signification particulière jusqu’à sa transformation, il devient
aujourd’hui un pôle significatif et ouvert dans une ville contemporaine
et laïque.
La réalisation de ce monument, ouvert sur la ville mais aussi au recueillement, a complètement modifié la perception du site dès son inauguration, un impact qui ira grandissant. Il n’existe pas non plus à ce jour à Montréal, sauf lieux religieux ou officiels, de mémorial ainsi " ouvert " au recueillement individuel du grand public. Le projet a par ailleurs révélé le potentiel d’un site d’une très haute valeur urbaine, en phase avec la ville et en prise sur la communauté, à l’intersection des générations et des cultures, accueillant librement promeneurs et visiteurs de passage. Cette œuvre redonne de plus à cette allée sa magnificence paysagère oubliée. Cette qualité du site, perçue par l’artiste et l’architecte paysagiste, a servi au développement d’un concept au service d’un lieu et d’une signification. Chaque détail a été inspiré par cette compréhension et la volonté d’associer subtilement ou en douceur, le visiteur à une perception de symboles universels liés au thème douloureux du mémorial. |
|
|
|
|
L’œuvre est exemplaire de la fusion de deux pratiques, l’architecture du paysage et les arts visuels, généralement menées parallèlement et au mieux successivement. La distinction entre " monument " et " aménagement " ne tient plus. Le site est œuvre; l’œuvre est site. Cette réalisation démontre ainsi aux milieux professionnels concernés l’importance de l’interdisciplinarité pour concevoir de nouveaux lieux. La double fonction du lieu —une place publique accessible de toute part qui n’en reste pas moins un lieu de recueillement intimiste — est réussie de façon remarquable. Rares en effet sont les lieux publics à découverts permettant un recueillement aussi immédiat. La forme sculpture/paysage oblige les spectateurs à s’arrêter pour déchiffrer des noms qu’il ne peut lire d’un premier regard. Les photographies ne rendent pas nécessairement justice à l’appréhension de ces " messages cachés ". Alors que la mise à plat photographique conduit à saisir d’un coup d’œil ces noms cachés, l’expérimentation réelle plus segmentée oblige au contraire un travail de reconstruction dans le temps en décalage. Cette réalisation fait de la sorte du promeneur un acteur véritablement placé au centre de l’expérience d’aménagement. Il en va de même pour la perception latérale de l’œuvre. On ne peut se contenter de la voir à distance, sans y pénétrer. Compte tenu de ses éléments sculpturaux " à ras le sol ", dissimulés dans le paysage, il faut véritablement traverser le lieu pour en reconnaître la présence et vivre l’événement de la commémoration. |
|
|
références
|
Francyne Lord, commissaire, Bureau d’Art Public, Service de la culture, Ville de Montréal, tél.: (514) 872-1151. Rose-Marie Goulet, artiste visuelle, goulet.e.rm@videotron.ca, tél.:(514) 277-9817. |
|
publications
|
LATOUR, Jean-Pierre, " Dans le sommeil des noms ", revue Espace no 52, pp 36 à 39, 2000. GOULET, Rose-Marie et ROBERT, Marie-Claude, " Monument à la mémoire des victimes de la tragédie de l’École Polytechnique ", dans Paysages, bulletin de l’Association des architectes paysagistes du Québec, février 2000, pp. 7à 9; GOULET, Rose-Marie, " Les créateurs et la commande publique, Espace public et transdisciplinarité ", ARQ, no 108, août 1999, page couverture et pp. 32-33; 1999. |